Fonce Alphonse

Fonce Alphonse (1993) représente un des événements les plus intimes et en même temps les plus codés de la vie d’un couple, le mariage. Pour l’occasion, ma fiancée et moi-même avons intentionnellement fait un excès de vitesse le jour de nos noces, afin de nous faire “tirer le portrait” par la Police Nationale.

La photographie judiciaire est, d’un certain point de vue, l’approximation la plus appropriée de ce que l’on peut appeler “l’objectivité” en image car elle a une valeur de loi, elle s’appuie sur le pouvoir de l’institution judiciaire qui lui donne son authenticité.

A la fin du XIXè siècle, Alphonse Bertillon a compris parfaitement que cette authorité dépendait de la systémisation de la photographie judiciaire. Le résultat désiré de ces procédures (la standardisation du dispositif et des pratiques photographiques, la codification et la quantification du corps, et la mise en rapport d’une image ressemblante, des mesures, et des descriptions télégraphiques) était de réduire et de réorienter la polysémie potentielle de l’image photographique, de produire de la certitude.

Avec Fonce Alphonse, au moment même où la police s’appuie sur ce dispositif et tente de nous identifier, nos identités sont en flux, le mariage provoquant un changement de nom, de statut social et civile, de nationalité…

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